Quand le sperme devient un réservoir viral

« Le virus Zika a été une surprise majeure pendant la large épidémie de 2015 – 2016 par sa capacité à être transmis par voie sexuelle. » Nathalie Dejucq-Rainsford

En fertilité masculine, les infections virales sont souvent pensées comme des épisodes aigus, sans conséquence durable.

Les travaux présentés lors d’Andro-Caraïbes 2025 rappellent une réalité moins intuitive : le tractus génital masculin peut héberger des virus bien au-delà de la phase clinique, avec des implications directes pour la conception et la PMA.

La conférence de Nathalie Dejucq-Rainsford, directrice de recherche à l’Inserm (IRSET, Rennes) et spécialiste des interactions entre virus et appareil reproducteur masculin, présente une lecture claire et factuelle d’un sujet encore sous-estimé en pratique :

➡️ Comment intégrer la persistance virale du tractus génital masculin dans les parcours de conception et de PMA ❓

Le sperme n’est pas un milieu stérile

Chez l’homme, plus de 38 virus issus de 18 familles virales ont été détectés dans le sperme ou les organes génitaux. Parmi eux, une quinzaine peuvent être transmis par voie sexuelle.

On y retrouve :

  • Des virus génitaux (HPV, Herpès simplex)
  • Des virus systémiques chroniques (VIH, hépatite B)
  • Et des virus émergents responsables d’infections aiguës, notamment les arbovirus
➡️ Le sperme n’est donc pas seulement un vecteur passif : il peut participer à la dissémination virale, parfois longtemps après l’infection initiale.

Zika : un tournant dans notre compréhension

L’épidémie de Zika de 2015 – 2016 dans les Caraïbes et les Amériques a profondément modifié les repères.

« Le message ici, c’est que le testicule est un réservoir important pour l’excrétion séminale du virus Zika. » Nathalie Dejucq-Rainsford

Des modèles de testicule humain ex vivo ont montré que Zika se réplique localement, infectant notamment les macrophages résidents, les cellules péritubulaires et certaines cellules germinales. Contrairement aux oreillons, cette infection n’altère pas significativement la production hormonale, mais explique la persistance virale dans le sperme.


Des altérations spermatiques… le plus souvent transitoires

Sur le plan clinique, l’infection par Zika est associée à :

  • Une diminution de la concentration et de la mobilité spermatiques entre J30 et J60,
  • Une récupération des paramètres vers quatre mois.
« Les altérations des paramètres du sperme observées après une infection Zika sont transitoires» Nathalie Dejucq-Rainsford

Pour d’autres arbovirus, comme la dengue, la réplication testiculaire est absente ou limitée. Les anomalies spermatiques observées semblent alors liées à la fièvre, à l’inflammation systémique ou au stress oxydatif, plutôt qu’à une infection directe du testicule.


Et les autres virus émergents ?

Les données sur West Nile et chikungunya restent incomplètes, mais préoccupantes. Des signaux expérimentaux suggèrent une infection possible du testicule et de l’épididyme, avec des effets potentiels sur la production hormonale ou la fonction spermatique.

➡️ Dans des zones d’endémie comme la Caraïbe, la vigilance s’impose, y compris pour des virus dont la transmission sexuelle est encore mal documentée.

Implications concrètes pour la pratique

Chez les hommes ayant présenté une infection virale récente, notamment par un arbovirus :

  • Une évaluation des paramètres spermatiques est pertinente,
  • La recherche du génome viral dans le sperme peut être discutée,
  • Les délais de conception ou de PMA doivent parfois être adaptés.
« Dans les zones d’endémie, il est essentiel d’être vigilant sur les conséquences des infections virales sur la fertilité masculine. » Nathalie Dejucq-Rainsford

➡️ Cette vigilance ne vise pas à alarmer, mais à sécuriser les parcours de conception, en tenant compte d’un risque longtemps ignoré.


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Sources

[1] Joguet G, Mansuy JM, Matusali G, Hamdi S, Walschaerts M, Pavili L, Guyomard S, Prisant N, Lamarre P, Dejucq-Rainsford N, Pasquier C, Bujan L.Effect of acute Zika virus infection on sperm and virus clearance in body fluids: a prospective observational study. Lancet Infect Dis. 2017, S1473-3099(17): 30444-9. doi : 10.1016/S1473-3099(17)30444-9

[2] Matusali G, Houzet L, Satie AP, Mahe D, Aubry F, Couderc T, et al. Zika virus infects human testicular tissue and germ cells. J Clin Invest. 2018 Oct;128(10):4347-4362. doi: 10.1172/JCI121735

[3] Le Tortorec A*, Matusali G*, Mahé D, Aubry F, Mazaud-Guittot S, Houzet L, Dejucq-Rainsford N. From Ancient to Emerging Infections: The Odyssey of Viruses in the Male Genital Tract. Physiological reviews, 2020, 100: 1349–1414 February 7, 2020;  doi: 10.1152/physrev.00021.2019

[4] Mahé D, Bourgeau S, Frouard J, Joguet G, Pasquier C, Bujan L, Dejucq-Rainsford N. Long-term Zika virus infection of non-sperm cells in the semen of infected men. Lancet Infectious Diseases, 2020. Dec;20(12):1371. -3099(20)30834-3 doi: 10.1016/S1473-3099(20)30834-3

[5] Mons J, Mahé-Poiron D, Mansuy J-M, Lheureux H, Nigon D, Moinard N, Hamdi S, Pasquier C, Dejucq-Rainsford N, Bujan L. Acute dengue infection in men: deleterious effects on sperm and virus clearance in body fluids: a prospective study. Emerging Infectious Diseases, 2022, 28 (6), 1146-1153. doi: 10.3201/eid2806.212317

[6] Cartron M, Ciesielski V, Houzet L, Perera KD, Abiven H, Lista Brotos MJ, Plotton I, Mathieu R, Branchereau J, Martin-Lefevre L, Roques P, Mahé D, Dejucq-Rainsford N. Chikungunya virus replicates in the human testis ex vivo and impacts peritubular myoid cells functional markers. Emerging Microbes and Infections, 2025. doi: 10.1080/22221751.2025.2587984

Fait avec <3 par l' Agence Moun