Environnement et infertilité : comment agir sans culpabiliser lescouples ?

« Si on ne va pas chercher l’information, quand on demande aux hommes « êtes-vous exposé ? », la réponse est presque toujours non. » Pr Jeanne Perrin

En consultation d’infertilité, les expositions environnementales sont rarement identifiées spontanément. Ni par les patients, ni par les soignants, faute de temps, de formation et d’outils adaptés.

Lors du congrès Andro-Caraïbes 2025, le Pr Jeanne Perrin, praticienne hospitalière en médecine et biologie de la reproduction au CHU de Marseille, a posé une question résolument pragmatique :

➡️ comment intégrer les expositions environnementales dans la prise en charge de l’infertilité, sans alourdir les consultations et sans culpabiliser les couples ❓

Quand l’exposition n’est ni perçue, ni déclarée

Dans une première étude pilote, l’équipe a évalué les connaissances des patients, leur perception d’exposition et la réalité des expositions via un questionnaire de dépistage validé.

Le tabac et l’alcool sont globalement identifiés. En revanche, la chaleur, les solvants ou certains compléments alimentaires anabolisants restent largement sous-estimés.

➡️ Lorsqu’un dépistage structuré est réalisé, seuls 26 % des hommes chez lesquels une exposition repro-toxique est identifiée en ont conscience.


Pourquoi la consultation classique atteint ses limites

Les consultations d’infertilité mobilisent déjà de nombreux paramètres médicaux et émotionnels, et concernent le plus souvent le couple. Explorer en détail les expositions environnementales relève presque d’une consultation dédiée.

« Toute l’information environnementale, en réalité, c’est presque une consultation à part entière. » Pr Jeanne Perrin

📌 C’est dans ce contexte qu’a été créée en 2018, à Marseille, une plateforme spécifique : CREER


Structurer sans culpabiliser : l’exemple de la plateforme CRÉER

La plateforme CRÉERCouple – Reproduction – Enfants – EnvironnementRisques repose sur un questionnaire détaillé, une analyse pluridisciplinaire et des recommandations personnalisées [1].

Un compte rendu écrit est remis aux patients et adressé au médecin traitant.

« L’objectif, c’est d’identifier les risques et de donner des conseils hiérarchisés, pas de tout interdire. » Pr Jeanne Perrin


Un cas clinique qui change la prise en charge

« Sans démarche structurée, ce type de situation passe complètement inaperçu. » Pr Jeanne Perrin

Chez un couple vivant dans un logement ancien rénové, une plombémie élevée a conduit à identifier une source inattendue : l’eau du robinet, liée à des canalisations anciennes non remplacées.

➡️ Après modification des habitudes, les plombémies ont nettement diminué en quelques mois.


Ce que cela change pour les soignants

L’environnement influence la fertilité masculine, le développement embryonnaire et la santé à long terme de la descendance. La plupart des expositions identifiées sont modifiables, à condition d’être reconnues, hiérarchisées et accompagnées.

« La prise en charge environnementale doit être positive, globale et pluridisciplinaire. » Pr Jeanne Perrin

➡️ L’enjeu est de proposer une organisation du soin compatible avec la réalité des consultations, intégrée aux parcours d’AMP et de prévention.


Sources :

  1. https://fr.ap-hm.fr/actu/un-environnement-plus-favorable-pour-concevoir-et-donner-la-vie
  2. FIGO Working Group on Reproductive Health and the Environment. Environmental chemical exposures and reproductive health. Int J Gynaecol Obstet. 2015;131(3):219–225. doi :10.1016/j.ijgo.2015.09.002
  3. Ministère de la Transition écologique, Ministère de la Santé. Quatrième Plan national santé environnement (PNSE 4). 2021–2025. Paris; 2021. https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/les-plans-nationaux-sante-environnement/article/plan-national-sante-environnement-4-pnse-4-un-environnement-une-sante-2021-2025
Fait avec <3 par l' Agence Moun